Une petite Turlute
La Bretagne… Terre de légendes, terre des celtes. Pays de rêve pour moi.
Fraîchement arrivé à Quimper, sous une pluie torrentielle de novembre, en pleine inondation de la ville de Quimper, le premier arrêt avant emménagement de mes
parents et moi fut une crêperie. Classique me direz-vous. Mais une crêperie à l’ancienne en plein cœur de Quimper sous un déluge digne des meilleures scènes d’apocalypse mythologique, passe du
« classique » au pur dépaysement. Pour la première fois de ma vie, ce déménagement m’enchantait. La maison était sublime, le terrain vaste, le cadre splendide, avec une vue imprenable
sur la vallée de Quimper. Une faculté accueillante, bien équipée et moderne. Seule une chose freinait mon enthousiasme : le caractère froid des bretons.
Premier mois. Rien. Pas un contact, ma classe semblait sympa… mais deux choses jouaient contre moi : premièrement je n’étais pas du coin, deuxièmement j’étais
arrivé en cours un mois après la rentrée, et donc un mois après les autres. J’avais donc manqué les journées d’intégration, n’avait pas de parrain, et n’avait pu profiter des premières semaines
de « mise en bouche » du programme. Une prof sadique (pas tant que ça mais un peu quand même) se fit un plaisir de me rappeler ce doux « retard » dans ma présence dès le début
de mes cours. Elle me colla arbitrairement dans les pattes d’un des types de la classe afin de confectionner un exposé (dont les sujets avaient été distribués depuis la rentrée). Bon, soyons
clair, le mec avait l’air sympathique… mais peu causant. De plus, assez « perso », mon arrivée dans le traitement de SON sujet n’était pas faite pour le rendre accueillant à mon égard.
Il fallut bien se mettre au travail malgré tout.
Après plusieurs rendez-vous à la B.U. pour potasser quelques bouquins, sans que nous arrivions réellement à se décrocher un mot sympa et « hors travail »,
vient le jour où nous bouclons notre exposé. Là, profitant d’une pause bien méritée, je sors de mon sac le livre qui m’accompagnait alors dans tous mes déplacements… Mon Ji Herp, le jeu de rôle
qui avait tant compté. Se passa alors quelque chose d’inattendu. Franck (mon « coéquipier ») leva la tête vers mon livre et écarquilla les yeux :
« Ouaw ! C’est Ji Herp ! J’ai fait une partie de ce jeu un jour, il est excellent. »
J’étais stupéfait… car je pensais, une fois sortie du sud de la France, que je serais le seul à le connaître, vu que le jeu, malgré ses qualités énormes, n’avait pas
rencontré le succès escompté et était passé quasi inaperçu. S’en suivit un dialogue auquel nous ne nous attendions ni l’un, ni l’autre :
« Ben ouais, dis-je, ce jeu est génial, j’y joue depuis des années… les auteurs sont des potes à moi, et j’ai eu l’occasion d’en suivre sa
création…
- La vache, excellent ! Et tu fais du JdR régulièrement ?
- Pas depuis mon départ de Toulouse… mon groupe me manque et j’ai pas rencontré de nouveaux joueurs ici.
- Ok, t’inquiètes pas, si t’es motivé je peux trouver des joueurs et on pourrait se faire une partie sous peu. Au fait, faut que je te présente aux
autres… »
Et me voilà donc présenté aux « autres ». Parmi eux, des élèves de la faculté, et d’autres venant de l’ISUGA, école de commerce spécialisée dans les
relations avec l’Asie (ou un truc du genre…), que Franck connaissait car il occupait l’un des appartements de leur campus, situé face à la fac.
À partir de là, notre petite bande pu commencer les parties de JdR. Il y avait déjà quelques joueurs plus ou moins occasionnels parmi eux. Mais les parties furent
quand même assez rares. Entre les soirées étudiantes, les sorties en boîte, au bar, etc. Sans compter ceux qui se lassaient vite des jeux en cours et voulaient en changer souvent. Pendant un an
ce fut assez agréable de vivre les uns avec les autres, et je me sentais rassuré de retrouver un peu l’ambiance bon enfant de mon ex-groupe toulousain. Toutefois, les petites histoires des uns et
des autres prenaient parfois des proportions inattendues, telles les querelles de cours d’antan. Sans que cela m’atteigne réellement, ces situations régulières ont toutefois été
responsables du fait que je ne sois jamais très à l’aise au milieu de tout ce microcosme.
Vint la fin de la première année de faculté… et l’entrée aux beaux arts de Lorient. J’en avais bavé pour y arriver. Non pas par le travail, mais parce que sachant
que j’entrais dans cette école l’année suivant, je dû quand même supporter l’ambiance des cours de fac qui ne me convenaient plus. En y ajoutant une crise grandissante de mes relations avec mon
père, et son incompréhension à me voir désirer intégrer ce genre d’école.
« Artiste, dessinateur ou autre, c’est pas un métier ! disait-il. »
Bref, une entrée aux beaux arts assez chaotique. S’y on y ajoute ma rupture d’avec ma « fiancée » de l’époque, toujours coincée à Toulouse… Ce fut encore une rentrée pleine de
changements, et même si l’excitation prend vite le pas sur l’angoisse, cette dernière reste alors très présente.
Les beaux arts, c’est un peu l’école du geek… On apprend des trucs super fun et super intéressants… mais peu utiles, il faut l’avouer, pour une carrière en dehors des arts. Toutefois, ce fut très grisant. Ambiance sympathique, travail acharné mais motivant, un appartement à moi (car mes parents, même peu motivés par mes choix, ont cette capacité à me suivre quoi qu’il arrive…) et une nouvelle copine… quimpéroise (ce qui me poussait à rentrer assez souvent chez mes parents au final). Mais cet état de bonheur ne dura pas. Dès la rentrée de la seconde année, tout bascula. Les places devenaient chères et les élèves hargneux, prêts à se tirer dans les pattes pour faire chuter les élèves le plus en difficulté. Ce fut la guerre, des clans se formèrent. Un couple d’amis et moi formions l’un d’entre eux… juste parce qu’en ce qui nous concernait, les guéguerres d’intérêts nous motivaient peu. Plusieurs de nos amis partirent en cours d’année… pour cause de dépression. C’est dire si les coups portés étaient violents. Ce climat ne s’arrangea d’ailleurs pas avec l’annonce qui sonna le glas de mon cursus aux beaux arts : l’école abandonnait le diplôme d’infographie dans lequel j’étais lancé, avec une dizaine d’autres, et fermait la section. Le comité de l’école voulait reclasser les élèves concernés en section art. Moi, complètement paumé, je m’enfermais chez moi pendant trois mois… faisant sauter une bonne partie des cours. J’ai tout de même tenu à terminer ma seconde année, mais je jouais un mauvais tour aux professeurs en ne présentant que des travaux d’infographie, afin de marquer mon réel mécontentement face à la fermeture injuste de ma section. Le couperet est tombé… des profs agressifs m’ont montré de quel bois on se chauffait avec les élèves récalcitrants. J’ai eu très mal… mais j’ai pu aussi rendre les coups à des profs qui à mon avis ne méritaient plus leur poste depuis bien longtemps.
J’ai donc quitté les beaux arts, la rage au ventre, et j’ai cherché à approfondir ma formation dans le domaine de la communication graphique. Toutefois, fini pour moi les études tranquilles à travailler dans des matières rares ou artistiquement trop fermées. J’avais besoin de professionnalisme, de cadre… bref, d’un peu d’ordre. Avoir l’esprit « geek » et être épris de liberté ne prive toutefois pas d’un besoin de concret et de réalisme. Je m’orientais donc vers un simple baccalauréat professionnel. Simple, pas tout à fait en vérité. Celui-ci était particulier et proposait à des élèves issus des études supérieures de retenter une expérience scolaire classique. Je passais donc ce diplôme en deux ans au lieu de quatre.
Et de nouvelles aventures commençaient…
(TO BE CONTINUED)
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